Nord-Kivu: À l’issue de la mesure de fermeture de certains établissements universitaires, deux étudiants et deux motards tués par des hommes armés

Publié le 22 octobre 2026 à 17:29

Le 22 octobre 2026, Socrate Nkuba, inscrit en deuxième année de licence en droit (L2), et Laurent Vainqueur, inscrit en troisième année de doctorat (Doc3), tous deux étudiants à l’Université de Goma avant la décision gouvernementale de fermeture de certains établissements universitaires, ont été tués par balles par des hommes armés à quelques mètres de Hombo, alors qu’ils se rendaient à Kisangani pour poursuivre leurs études. Deux motards ont également été tués lors de cette attaque.

La Ligue des Sacrifices Volontaires pour la Défense des Droits de l’Homme et de l’Environnement (LISVDHE) condamne fermement ces assassinats ignobles et tragiques. À la connaissance de l’organisation, ces étudiants n’avaient aucun lien avec des acteurs politiques ni avec des différends les opposant à des particuliers. Leur objectif était de poursuivre leurs études et de préserver leur avenir.

Pour comprendre les circonstances de ce drame, il convient de rappeler qu’à la fin du mois d’août 2026, à la suite d’un litige lié à la nomination des membres des comités de gestion, le Gouvernement de la République démocratique du Congo avait décidé de fermer certains établissements d’enseignement supérieur et universitaire situés dans les zones contrôlées par l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dont fait partie le Mouvement du 23 mars (M23), aujourd’hui associé au projet politique dénommé Front pour la refondation de la nation (FRN).

Avant cette décision, Socrate Nkuba et Laurent Vainqueur étudiaient à l’Université de Goma. La fermeture de certains établissements les a contraints, comme d’autres étudiants, à rechercher ailleurs les possibilités de poursuivre leur formation. C’est précisément cette nécessité qui les a amenés à se rendre à Kisangani. N’eût été la mesure gouvernementale, ces étudiants n’auraient pas été contraints de quitter leur milieu d’études pour entreprendre ce déplacement. Ils n’auraient donc pas emprunté cette route dans les circonstances qui les ont conduits à Hombo, où ils ont été tués. La fermeture constitue ainsi le point de départ de cette chaîne d’événements : elle a rendu nécessaire leur déplacement, lequel les a conduits sur la route où leur vie a été tragiquement interrompue par des hommes armés.

Cette situation met également en évidence les conséquences de la mesure sur les autres étudiants concernés. Tous ne disposent pas des moyens nécessaires pour rejoindre d’autres régions. Certains ont dû abandonner leurs études, leurs parents étant incapables de financer leur déplacement et leur prise en charge ailleurs. D’autres ont entrepris ce voyage afin de ne pas compromettre leur avenir académique. Dans un contexte déjà marqué par la guerre et l’insécurité, ces jeunes se sont ainsi retrouvés confrontés à des difficultés supplémentaires pour exercer leur droit à l’éducation.

Pour la LISVDHE, l’éducation ne doit pas être prise en otage, transformée en enjeu politique ou utilisée comme instrument, voire comme arme de guerre. Les étudiants ne doivent pas subir les conséquences de différends politiques au point de devoir interrompre leurs études, quitter leur milieu de vie ou s’exposer à des dangers pour accéder à une formation. Le droit à l’éducation doit être protégé, particulièrement dans un contexte de conflit armé où les populations civiles sont déjà confrontées à de multiples privations.

Au regard des conséquences de cette mesure sur l’avenir académique et professionnel de nombreux jeunes, particulièrement ceux dont les familles ne disposent pas des ressources nécessaires pour leur permettre de poursuivre leurs études dans d’autres régions, la LISVDHE appelle le Gouvernement de la République démocratique du Congo à retirer purement et simplement cette mesure de fermeture. Elle l’exhorte à privilégier des solutions garantissant la continuité de l’enseignement supérieur et universitaire, sans pénaliser les étudiants en raison de la situation politique et sécuritaire dans les zones où ils vivent.

Enfin, la LISVDHE appelle les autorités compétentes à faire toute la lumière sur les circonstances des assassinats de Socrate Nkuba, de Laurent Vainqueur et des deux motards, à identifier les auteurs et à les traduire devant les juridictions compétentes, dans le respect des garanties d’un procès équitable. Ces morts ne doivent ni rester impunies ni être banalisées comme de simples conséquences de la guerre. Les auteurs de ces actes doivent répondre de leurs actes conformément à la loi.

La LISVDHE rappelle que les décisions politiques doivent être appréciées au regard de leurs conséquences sur les droits fondamentaux et la sécurité des populations civiles. Socrate Nkuba et Laurent Vainqueur cherchaient à poursuivre leurs études après la fermeture de leur établissement universitaire. Leur déplacement vers Kisangani, rendu nécessaire par cette situation, s’est achevé tragiquement à Hombo. Les étudiants ne doivent pas payer de leur vie le prix des décisions politiques qui bouleversent leur parcours. L’éducation ne doit jamais devenir une arme de guerre, et la mort de civils ne saurait être banalisée ni abandonnée à l’impunité.

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