C’est dans l’est de la République démocratique du Congo, précisément dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, qu’un nouveau massacre attribué aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé affilié à l’État islamique, a été enregistré. Selon les informations recueillies par notre équipe déployée sur place, le bilan provisoire fait désormais état d’au moins 41 personnes tuées, parmi lesquelles figurent quelques paysans agriculteurs originaires de Butembo. L’attaque a eu lieu dans la soirée du jeudi 5 novembre, aux environs de 23 heures, à Cantiné Aloya, située à environ 60 kilomètres à l’ouest de la ville de Beni.
Selon les informations rapportées, les assaillants, présumés appartenir aux ADF, ont ciblé plusieurs quartiers de cette agglomération, incendié une cinquantaine de maisons et de boutiques, avant de piller des pharmacies et des centres de santé. Ils se seraient ensuite retirés dans la forêt. Cette attaque frappe particulièrement une localité qui constitue un important centre d’approvisionnement, de commerce et d’échanges pour les populations environnantes.
Cette nouvelle attaque ne constitue malheureusement pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une succession d’attaques enregistrées en l’espace de quelques jours dans les territoires de Lubero et de Beni. Le mardi 3 novembre, des hommes armés ont d’abord attaqué le village de Maikengu, dans le territoire de Lubero. Deux jours plus tard, dans la soirée du jeudi 5 novembre, Cantiné Aloya a été frappée par une attaque particulièrement meurtrière. Et comme si l’ennemi n’avait personne pour l’inquiéter, le vendredi 6 novembre, c’était au tour de Mabalako et de Mangina. Dans ces deux localités, les populations, qui avaient pourtant signalé la présence suspecte des mêmes ennemis aux périphéries de leurs villages, ont été contraintes de fuir précipitamment, dans un mouvement de panique donnant l’impression d’un vaste terrain de chasse aux sauterelles.
Cette succession d’attaques, presque répétitives dans des zones pourtant fortement militarisées, soulève une question fondamentale : comment des groupes armés peuvent-ils continuer à se déplacer, à préparer et à mener des opérations meurtrières sans être interceptés par les forces de sécurité, alors même que leur présence est parfois signalée à proximité des agglomérations ? Pourquoi faut-il attendre que les civils soient massacrés, que les habitations soient incendiées et que les infrastructures communautaires soient détruites pour que les interventions militaires soient engagées ?
Une autre interrogation, tout aussi fondamentale et qui taraude profondément l’opinion publique, mérite également d’être posée : pourquoi la menace persistante des ADF, qui endeuille depuis des années les populations de Beni et de Lubero, ne suscite-t-elle pas chez l’État congolais le même degré de préoccupation, de mobilisation et de détermination que celui qu’il manifeste dans la gestion de la question du FRN, anciennement AFC-M23 ? Pourquoi les moyens humains, militaires, financiers et logistiques, ainsi que la rigueur opérationnelle et l’engagement politique déployés face à cette dernière menace, ne semblent-ils pas se traduire avec la même intensité dans la lutte contre les ADF ? La protection des populations de l’Est ne devrait pourtant pas être tributaire de la nature de l’adversaire ni des enjeux politiques et stratégiques attachés à chaque conflit. La vie d’un Congolais menacé par les ADF devrait bénéficier de la même attention, de la même détermination et du même engagement de l’État que celle d’un Congolais exposé à toute autre menace armée.
Face à cette succession de massacres et à l’ampleur des souffrances infligées aux populations civiles, la Ligue des Sacrifices Volontaires pour la Défense des Droits de l’Homme et de l’Environnement (LISVDHE) exprime sa profonde indignation et condamne avec la plus grande fermeté ces actes d’une extrême barbarie, prémédités et délibérément dirigés contre des populations civiles sans défense. Elle dénonce avec force cette violence récurrente qui arrache des vies, détruit des familles et plonge des communautés entières dans la terreur, sans que les mécanismes de protection de l’État ne parviennent à prévenir efficacement de telles tragédies.
La LISVDHE rappelle que la protection de la population et de ses biens ne relève ni d’une faveur du pouvoir public ni d’un simple engagement politique : elle constitue une obligation fondamentale de l’État, qui engage directement sa responsabilité. La répétition des massacres dans des zones pourtant fortement militarisées, parfois précédés de signaux d’alerte sur la présence et les mouvements des groupes armés, pose inévitablement la question de la défaillance des dispositifs de renseignement, d’anticipation et d’intervention. L’État ne saurait continuellement invoquer la persistance de la menace sécuritaire pour justifier l’impuissance de ses mécanismes de protection, alors que les populations civiles demeurent exposées aux mêmes violences.
La LISVDHE estime qu’au-delà des déclarations officielles et des condamnations de circonstance, le gouvernement congolais doit répondre de l’efficacité des mesures prises pour protéger les citoyens. Il lui appartient de tirer les conséquences de ces échecs répétés, de revoir en profondeur ses stratégies de lutte contre les ADF et de mettre en place des dispositifs opérationnels capables de neutraliser les menaces avant qu’elles ne se transforment en massacres. L’inaction, les défaillances évitables et l’absence de réponses appropriées face aux alertes ne peuvent être considérées comme de simples incidents de parcours : elles appellent des explications, des responsabilités clairement établies et, le cas échéant, des mesures de reddition de comptes.
Dans cette perspective, la LISVDHE réitère l’importance d’associer davantage les jeunes des communautés locales à la protection de leurs milieux de vie, à travers des mécanismes organisés et légalement encadrés d’autodéfense civile. Une telle implication, conçue comme un dispositif communautaire complémentaire aux interventions des forces régulières, pourrait contribuer à détecter les menaces, à donner rapidement l’alerte et à prévenir leur aggravation avant l’arrivée des unités militaires. Elle devrait néanmoins s’exercer sous un encadrement approprié, dans le respect de la légalité et des droits humains, afin que la protection des populations ne donne pas lieu à de nouvelles violations.
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