Rutshuru: plusieurs personnes massacrées à Ndwali-Vitshumbi. Est-ce le phénomène Beni dans le Rutshuru?

Publié le 2 septembre 2026 à 11:36

Rutshuru : six morts et plusieurs blessés dans un massacre à Ndwali, près de Vitshumbi

C’est dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2026 que six personnes ont été tuées et treize autres blessées dans un massacre perpétré à Ndwali, une petite localité située à une dizaine de kilomètres de Vitshumbi, dans le territoire de Rutshuru, à la limite avec le territoire de Lubero.

Selon les informations recueillies par la LISVDHE, plusieurs personnes qui séjournaient dans cette zone pour y exercer leurs activités agricoles et produire de la braise ont été surprises par des assaillants. Au moment de la rédaction du présent communiqué, l’identité des auteurs de cette attaque n’est pas encore établie, pas plus que les circonstances exactes dans lesquelles ces personnes ont été tuées et d’autres blessées.

Ndwali constitue un espace récemment ouvert aux activités agricoles. Des populations venues notamment de Kiwanja, Kibirizi, Kanyabayonga et d’autres localités environnantes s’y rendent pour cultiver leurs terres et sont contraintes, en raison de l’éloignement, d’y passer la nuit. D’autres y exploitent le bois disponible afin de produire de la braise. C’est dans cet environnement particulièrement précaire et dépourvu de garanties suffisantes de sécurité que ces populations ont été prises pour cible.

Il importe de souligner que, depuis plusieurs années, l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) cherchait à faire évacuer les populations de cette zone, sans toutefois parvenir à les en chasser durablement. Cette situation a entretenu des tensions persistantes autour de l’accès à la terre, de l’exercice des activités agricoles et de la conservation du parc national des Virunga, sans qu’une solution durable, respectueuse à la fois des impératifs de conservation, des droits des populations et de leur sécurité, n’ait été trouvée.

Il convient également de rappeler que cela fait près de cinq ans qu’une grande partie du territoire de Rutshuru se trouve sous le contrôle de fait de l’AFC-M23. Une telle situation de contrôle territorial prolongé soulève nécessairement la question de la responsabilité de toute autorité exerçant effectivement un pouvoir sur le territoire et sur les populations qui y vivent. L’exercice d’un contrôle de fait sur un territoire ne saurait exonérer ceux qui l’exercent de leur obligation de protéger la population civile contre les atteintes à la vie, à l’intégrité physique et à la sécurité. Au contraire, le contrôle effectif d’une zone implique une responsabilité accrue dans la prévention des violences et la protection des personnes qui y résident ou y exercent leurs activités.

Vitshumbi est une localité de pêche située à l’intérieur du parc national des Virunga, sur les rives du lac Édouard, dans l’axe Kiwanja–Rwindi. La pêche constitue l’une des principales activités économiques de la population. Avec l’ouverture de nouveaux espaces agricoles, plusieurs personnes venues de Kiwanja, Kibirizi, Kanyabayonga et d’autres localités se sont déplacées vers ces zones afin d’y cultiver leurs terres et de subvenir à leurs besoins.

La LISVDHE rappelle que les terres situées dans et autour du parc national des Virunga constituent depuis longtemps un espace de tensions récurrentes entre les populations civiles, particulièrement les agriculteurs, et l’ICCN. Au cours des années, plusieurs civils, dont des agriculteurs, ont été tués par balles dans des circonstances particulièrement graves, et des accusations ont régulièrement été portées contre des agents de l’ICCN dans certains de ces incidents.

Dans le même temps, des écogardes et autres agents affectés à la conservation du parc ont eux aussi été assassinés dans des circonstances qui n’ont pas toujours été suffisamment élucidées. Ces attaques ont, pour leur part, été fréquemment attribuées à des groupes armés opérant dans la région. La LISVDHE constate ainsi une situation paradoxale et profondément préoccupante dans laquelle les populations civiles et les agents chargés de la conservation de la nature sont devenus, à des degrés divers, les victimes d’une violence récurrente dont les responsabilités demeurent trop souvent impunies ou insuffisamment établies.

Dans le cadre des informations recueillies sur le massacre de Ndwali, certaines personnes rencontrées par l’équipe de la LISVDHE ont également mis en cause des éléments de l’ICCN. Ces allégations, compte tenu de leur gravité, ne peuvent être ni ignorées ni considérées comme établies en l’absence d’une enquête crédible. Elles doivent faire l’objet d’investigations approfondies, impartiales et indépendantes permettant de déterminer si elles reposent sur des éléments factuels et, le cas échéant, d’établir les responsabilités individuelles. La LISVDHE rappelle à cet égard que la recherche de la vérité et de la justice exige que toutes les hypothèses raisonnablement crédibles soient examinées, sans préjuger de la culpabilité de quelque personne ou institution que ce soit.

Ces violences se sont répétées dans plusieurs secteurs riverains du parc, parfois dans des circonstances similaires, sans que des mécanismes efficaces de prévention, d’alerte précoce, de protection et d’enquête ne soient suffisamment mis en place pour empêcher leur répétition. Cette absence persistante de réponse adéquate est d’autant plus préoccupante que les autorités et les acteurs exerçant un contrôle ou une influence sur ces espaces connaissent depuis longtemps la vulnérabilité particulière des populations qui y vivent et y travaillent.

Pour la LISVDHE, la répétition de ces crimes ne peut plus être traitée comme une simple succession d’incidents isolés. Elle révèle un problème structurel à l’intersection de l’accès à la terre, de la conservation des ressources naturelles, de la sécurité des populations civiles, de la présence des groupes armés et de l’impunité persistante entourant de nombreuses violations des droits humains.

La vie humaine est sacrée et le droit à la vie constitue le socle de la protection de tous les autres droits fondamentaux. Aucune circonstance, quelle qu’en soit la nature, aucune fonction, aucun statut et aucune mission ne peuvent conférer à quiconque le droit d’ôter arbitrairement la vie à une autre personne. Nul ne peut invoquer son autorité, sa fonction, la sécurité, la conservation de la nature, la défense d’un territoire ou quelque autre objectif que ce soit pour légitimer une atteinte arbitraire au droit à la vie.

La LISVDHE rappelle avec force que la protection de l’environnement et la conservation de la biodiversité sont des objectifs légitimes et nécessaires, mais qu’ils ne sauraient être poursuivis au mépris de la dignité et de la vie humaines. La protection du parc national des Virunga ne peut justifier des homicides, des exécutions extrajudiciaires, des traitements cruels ou tout autre recours arbitraire à la force contre des civils. De même, la défense des populations, la contestation des mesures de conservation ou la protection des intérêts économiques locaux ne sauraient justifier des violences contre les écogardes.

La protection de l’environnement et la protection des droits humains ne sont pas des valeurs antagonistes : elles doivent se renforcer mutuellement. Toute politique de conservation qui méconnaîtrait les droits fondamentaux des communautés locales serait contraire à l’exigence de dignité humaine ; inversement, aucune revendication foncière ou communautaire ne saurait légitimer le meurtre ou les violences contre les agents chargés de protéger le patrimoine naturel.

La LISVDHE condamne donc avec la plus grande fermeté ce nouveau massacre et présente ses condoléances aux familles des personnes tuées. Elle exprime sa solidarité aux blessés ainsi qu’à l’ensemble des populations civiles exposées à cette insécurité persistante.

Elle demande aux autorités compétentes, y compris aux autorités de fait exerçant actuellement un contrôle effectif sur la zone, de diligenter sans délai une enquête indépendante, impartiale, approfondie et transparente, destinée à établir les circonstances exactes de ces crimes, à identifier leurs auteurs, à déterminer les éventuelles responsabilités individuelles et institutionnelles et, lorsque les éléments de preuve sont réunis, à faire traduire les responsables devant une juridiction compétente, dans le respect des garanties d’un procès équitable.

La LISVDHE demande également que les investigations portent sur l’ensemble des hypothèses crédibles, y compris celles faisant état d’une éventuelle implication d’agents de l’ICCN, sans accusation prématurée ni protection institutionnelle. Toute personne soupçonnée d’avoir participé à ces crimes doit pouvoir faire l’objet d’une enquête conformément à la loi, indépendamment de sa fonction, de son appartenance institutionnelle ou de son statut.

Elle appelle par ailleurs tous les acteurs exerçant une autorité effective dans la zone à prendre des mesures immédiates et concrètes de protection des populations civiles, notamment dans les espaces agricoles et forestiers nouvellement exploités. Des mécanismes d’alerte précoce, de surveillance communautaire, de sécurisation des zones à risque et de réaction rapide doivent être mis en place afin d’empêcher que d’autres vies humaines ne soient sacrifiées.

La LISVDHE estime qu’après près de cinq années de contrôle de fait d’une grande partie du territoire de Rutshuru, la persistance de massacres visant des populations civiles constitue un échec grave des mécanismes de protection. Le contrôle territorial ne peut être réduit à l’exercice d’une autorité administrative ou militaire : il doit également se traduire par la capacité et la volonté de protéger effectivement les personnes qui vivent sous cette autorité.

La LISVDHE craint qu’en l’absence de mesures urgentes, Rutshuru ne s’enfonce davantage dans une spirale de violences comparable à celle qui frappe certaines parties de Beni et de l’Ituri. La répétition des massacres, des enlèvements, des exécutions et des autres atteintes graves aux droits fondamentaux ne saurait devenir une fatalité à laquelle les populations seraient condamnées.

La vie humaine ne peut être une variable d’ajustement des conflits fonciers, des politiques de conservation, des stratégies militaires ou des rivalités de pouvoir. Elle doit être protégée sans distinction.

La LISVDHE appelle enfin à ce que la protection des civils, l’établissement de la vérité, la justice et la lutte contre l’impunité soient placés au cœur de toute réponse à la crise sécuritaire de Rutshuru. Car lorsque les crimes se répètent sans enquête sérieuse, sans identification des responsables et sans justice, l’impunité cesse d’être une simple défaillance institutionnelle : elle devient un mécanisme de reproduction de la violence.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.