Beni: après les massacres de Sayo, Mataba et Mangina, plus de dix autres personnes ont été tuées dans une autre attaque ADF à Kalibo

Publié le 16 juillet 2026 à 11:39

La Ligue des Sacrifices Volontaires pour la Défense des Droits de l’Homme et de l’Environnement (LISVDHE) rapporte qu’une nouvelle attaque attribuée aux combattants des Forces démocratiques alliées (ADF) a été perpétrée, ce jeudi 16 juillet 2026, dans le village de Kalibo, situé dans la localité de Batangi-Bingo, en territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu.

Cette attaque intervient au lendemain du massacre de Sayo, Mataba et Mangina, au cours dequels plus de dix personnes auraient également perdu la vie. Selon les premières informations recueillies auprès de sources locales, les assaillants ont tué plus de dix civils et incendié plusieurs habitations avant de se retirer. Le bilan demeure provisoire et pourrait s’alourdir, certaines personnes restant introuvables au moment de la rédaction du présent rapport.

Cette nouvelle incursion a provoqué un important mouvement de panique et de déplacement de la population. Plusieurs habitants ont abandonné leurs domiciles pour trouver refuge à Kianzaba, un village situé à environ dix kilomètres de Kalibo. Ces personnes déplacées se retrouvent dans une situation de grande vulnérabilité et pourraient avoir besoin d’une assistance humanitaire urgente, notamment en matière d’hébergement, de nourriture, de soins de santé et de protection.

La situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante dans cette partie du territoire de Beni, où les attaques contre les populations civiles se multiplient à un rythme alarmant. La répétition des massacres, des incendies de maisons, des enlèvements et des déplacements forcés traduit une détérioration continue de la protection des civils, malgré la présence des forces de défense et de sécurité ainsi que les opérations militaires annoncées dans la région.

Au regard du nombre particulièrement élevé de civils tués, du caractère répétitif des massacres, des enlèvements, des incendies d’habitations et de l’absence quasi totale de distinction entre les personnes ciblées, la LISVDHE estime que le phénomène ADF paraît, à ce jour, plus criminel et plus meurtrier à l’égard des populations civiles que celui de l’AFC-M23. Cette appréciation ne vise nullement à minimiser les crimes et les graves violations des droits humains attribués à l’AFC-M23, qui demeurent également condamnables. Elle repose toutefois sur le constat que les ADF s’attaquent de manière récurrente à des civils non armés, souvent dans des villages isolés, en recourant à des massacres collectifs, à des enlèvements ainsi qu’à la destruction systématique des habitations et des moyens de subsistance. Malgré cette gravité, la LISVDHE constate avec inquiétude que les crimes attribués aux ADF ne semblent pas bénéficier de la même attention politique, diplomatique, sécuritaire et médiatique que la crise liée à l’AFC-M23.

À cet égard, la LISVDHE déplore le traitement différencié réservé à ces deux situations, alors qu’elles revêtent toutes deux un caractère criminel et entraînent de graves violations des droits humains. L’organisation s’interroge particulièrement sur les raisons pour lesquelles le Gouvernement congolais semble concentrer davantage son attention, ses moyens diplomatiques et ses efforts politiques et sécuritaires sur la crise liée à l’AFC-M23, tandis que les massacres perpétrés par les ADF continuent d’endeuiller quotidiennement les familles de Beni et des régions environnantes, sans susciter une mobilisation proportionnelle à leur gravité.

Cette différence de traitement pourrait donner l’impression que les menaces dirigées contre les institutions et le pouvoir politique bénéficient d’une réponse plus soutenue que celles visant directement les populations civiles. L’AFC-M23 menace directement l’autorité de l’État et la stabilité du pouvoir, tandis que les ADF s’attaquent principalement à de paisibles citoyens qui ne participent pas aux luttes politiques. Pour la LISVDHE, considérer implicitement que la protection du pouvoir mérite davantage d’attention que la protection de la population constituerait une grave trahison envers le peuple congolais.

La LISVDHE demeure convaincue et ne cesse de rappeler que l’existence et la légitimité de l’État reposent avant tout sur sa capacité à assurer la sécurité des personnes, à protéger leurs biens et à garantir l’exercice effectif de leurs droits fondamentaux. Dès lors, l’État ne saurait hiérarchiser la valeur des vies humaines en fonction de la nature de la menace, de ses intérêts politiques ou du degré de risque pesant sur ses institutions. La protection des populations civiles doit demeurer au centre de toute action publique et constituer la priorité absolue de l’État.

La LISVDHE condamne avec la plus grande fermeté ces attaques terroristes répétées contre des civils non armés, ainsi que les massacres, les enlèvements, les incendies d’habitations et les déplacements forcés qui en résultent. Elle condamne également l’insuffisance de la réponse politique et sécuritaire de l’État congolais face à une situation qui ne cesse d’endeuiller quotidiennement des familles innocentes.

La LISVDHE appelle le Gouvernement congolais à renforcer immédiatement les mécanismes de protection des civils, à mobiliser les moyens humains, militaires, logistiques et financiers nécessaires pour prévenir de nouvelles attaques et à garantir une assistance humanitaire urgente aux personnes déplacées. Elle demande également que des enquêtes indépendantes, impartiales et approfondies soient diligentées afin d’identifier les auteurs, les commanditaires, les complices éventuels et toutes les responsabilités liées à ces crimes.

Enfin, la LISVDHE invite les autorités nationales, les institutions régionales et les partenaires internationaux de la République démocratique du Congo à accorder aux massacres commis dans le territoire de Beni une attention proportionnelle à leur gravité et à mettre fin à toute forme de hiérarchisation politique, sécuritaire ou médiatique des souffrances des populations civiles.

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