La Ligue des Sacrifices Volontaires pour la Défense des Droits de l’Homme et de l’Environnement (LISVDHE) exprime sa profonde consternation à la suite de l’attaque armée survenue ce jeudi 21 mai 2026 contre une position de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) à Kamuhororo, sur la côte sud du lac Édouard, au sein du Parc National des Virunga, dans la province du Nord-Kivu.
Selon les informations rendues publiques par les autorités compétentes, un groupe armé non encore identifié, lourdement équipé, a attaqué aux premières heures de la matinée une position occupée par des écogardes de l’ICCN. Cette attaque a coûté la vie à deux agents de conservation, à savoir Kasereka Valyathire Baraka et Munguakonkwa Mihigo Jacques.
LISVDHE rappelle que les écogardes exercent une mission d’intérêt public liée à la protection de l’environnement, à la conservation de la biodiversité et à la sauvegarde du patrimoine naturel national et mondial. À ce titre, toute attaque dirigée contre eux constitue non seulement une atteinte grave au droit à la vie garanti par l’article 16 de la Constitution de la République démocratique du Congo ainsi que par l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, mais également une violation des obligations internationales relatives à la protection des aires protégées et des agents chargés de leur conservation.
Pour rappel, Kamuhororo est une localité connue pour la présence importante de pêcheurs clandestins pratiquant notamment la pêche illicite des alevins, activité prohibée par la législation congolaise relative à la protection des ressources halieutiques et de l’environnement. En raison de cette situation, cette zone fait régulièrement l’objet de patrouilles de surveillance menées par les écogardes de l’ICCN, parfois avec l’appui des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dans le cadre de la sécurisation du parc et de la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles.
LISVDHE souligne également que Kamuhororo est situé dans une zone historiquement affectée par la présence de groupes armés, notamment des milices Maï-Maï ainsi que des éléments des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Cette localité se trouve entre Nyakakoma et la partie ouest de Nyamilima, à l’intérieur du parc national. Depuis plusieurs années, cette zone est régulièrement marquée par des affrontements, tensions et altercations opposant des groupes armés aux écogardes de l’ICCN dans un contexte d’insécurité persistante et d’exploitation illicite des ressources naturelles.
Par ailleurs, LISVDHE rappelle que le territoire de Rutshuru demeure sous le contrôle de l’AFC-M23, groupe armé qui organise régulièrement des patrouilles dans le Parc National des Virunga. Plusieurs témoignages et dénonciations locales font état d’allégations récurrentes d’assassinats, d’exécutions sommaires et d’autres graves violations des droits humains commises contre des populations civiles vivant dans et autour du parc.
L’organisation rappelle qu’en vertu des Conventions de Genève de 1949 et de leur Protocole additionnel II applicable aux conflits armés non internationaux, les populations civiles ainsi que les personnes ne participant pas directement aux hostilités doivent être protégées en toutes circonstances contre les violences, les traitements inhumains et les atteintes à leur intégrité physique. De même, l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale qualifie notamment de crimes de guerre les attaques intentionnelles dirigées contre des civils ou contre des personnes protégées dans le cadre d’un conflit armé.
LISVDHE condamne avec la plus grande fermeté cette attaque qu’elle considère comme un acte criminel grave susceptible d’engager la responsabilité pénale individuelle de ses auteurs, complices et commanditaires. L’organisation exige l’ouverture diligente d’une enquête indépendante, crédible et impartiale afin d’identifier les responsables, de les traduire devant les juridictions compétentes et de garantir justice aux victimes et à leurs familles.
Enfin, LISVDHE appelle les autorités congolaises ainsi que les partenaires nationaux et internationaux impliqués dans la protection de l’environnement et des droits humains à renforcer les mécanismes de sécurisation des agents de conservation du Parc National des Virunga, patrimoine mondial particulièrement exposé aux violences armées et à l’exploitation illégale des ressources naturelles.
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