Masisi : enlèvement de deux agents humanitaires et préoccupations accrues quant au respect du droit international humanitaire

Publié le 2 avril 2026 à 17:12

Le 30 mars 2026, à Kalembe, dans le territoire de Masisi, deux agents de la Croix-Rouge ont été pris pour cible par des combattants affiliés à l’AFC/M23. Selon des sources locales concordantes, l’infirmier Kapita Lucien a été violemment passé à tabac avant d’être blessé par balle à la main, tandis que le coordinateur local, Byamungu Mauwa Samson, a également été appréhendé. Les deux intéressés auraient été ensuite emmenés de force à moto vers une destination inconnue. Ils font l’objet d’accusations de collusion avec les wazalendo, sans qu’aucun élément de preuve n’ait été rendu public à ce stade.

La LISVDHE exprime sa profonde préoccupation face à ces faits, qui s’inscrivent dans un contexte plus large de violations graves, massives et répétées des droits de l’homme dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’organisation relève notamment une recrudescence préoccupante des enlèvements et des assassinats depuis la prise de contrôle de certaines zones par l’AFC/M23. Elle condamne fermement ces agissements et déplore l’absence de mesures appropriées de la part des autorités de fait, contribuant ainsi à un climat d’impunité persistante. À cet égard, la LISVDHE appelle les responsables de l’AFC/M23 à assumer pleinement leurs obligations au regard du droit international, notamment en ce qui concerne les actes commis par leurs éléments, qu’ils soient armés ou civils.

Au regard du droit international humanitaire et des instruments internationaux et régionaux de protection des droits de l’homme, les faits susmentionnés, s’ils sont établis, sont susceptibles de constituer des violations graves. Ils apparaissent notamment contraires :

  • aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme (articles 3 et 5), garantissant le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne, ainsi que l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

  • au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 6, 7 et 9), protégeant le droit à la vie, l’intégrité physique et l’interdiction de la détention arbitraire ;

  • à la Constitution de la République démocratique du Congo (notamment ses articles 16 et 18), consacrant le droit à la vie, à l’intégrité physique et les garanties relatives à la liberté individuelle ;

  • à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (articles 4, 5 et 6), relatifs à la protection de la vie, de la dignité humaine et de la liberté ;

  • ainsi qu’aux normes pertinentes du Droit international humanitaire, en particulier celles issues des Conventions de Genève, garantissant la protection du personnel médical et humanitaire en situation de conflit armé.

Le fait de cibler, d’enlever ou de soumettre à des mauvais traitements des agents humanitaires, de même que leur privation de liberté en dehors de tout cadre légal, est susceptible de recevoir la qualification juridique d’atteintes graves à l’intégrité physique et de détention arbitraire, engageant la responsabilité de leurs auteurs.

Cet incident met en lumière les risques accrus auxquels sont exposés les acteurs humanitaires dans les zones affectées par le conflit et soulève de sérieuses préoccupations quant au respect des normes impératives du droit international protégeant les populations civiles ainsi que les personnes qui leur portent assistance.

Recommandations :

  • Exiger la libération immédiate et inconditionnelle des deux agents humanitaires, conformément aux obligations découlant du droit international applicable ;

  • Enjoindre les parties concernées à garantir, en toutes circonstances, la sécurité et la protection du personnel médical et humanitaire ;

  • Recommander l’ouverture d’enquêtes indépendantes, impartiales et diligentes afin d’établir les responsabilités et de garantir la reddition des comptes ;

  • Rappeler l’interdiction absolue de la détention arbitraire et l’obligation de respecter les garanties fondamentales des droits de la personne ;

  • Encourager la mise en place de mécanismes effectifs de prévention, de suivi et de documentation des violations des droits de l’homme ;

  • Inviter la communauté internationale à intensifier ses efforts diplomatiques et ses mécanismes de protection afin d’assurer le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme.

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