La Ligue pour des Sacrifices Volontaires pour la Défense des Droits de l’Homme et de l'Environnement (LISVDHE) dénonce avec fermeté la mise en place d’une manifestation publique organisée à Goma le 12 mars 2026, à l’occasion de l’assassinat d’une humanitaire de l’UNICEF lors d’une frappe de drones.
Le 9 mars 2026, aux environs de 4h00, des frappes de drones d’origine non encore déterminée ont atteint la résidence d’un citoyen d’origine belge, située dans le quartier Himbi, à Goma, entraînant le décès d’au moins trois personnes, dont Karine Buisset, humanitaire de nationalité française.
Suite à cet événement tragique, les parties en conflit se renvoient les responsabilités. L’AFC-M23 impute les faits au Gouvernement de la République, tandis que ce dernier demeure quasi silencieux et que ses partisans cherchent à transférer la responsabilité de ces actes à la précitée rébellion.
Depuis la veille, l’AFC-M23 a sommé la population de Goma de participer à la manifestation publique du 12 mars 2026, sous prétexte de dénoncer ces crimes de guerre. La LISVDHE rappelle que contraindre autrui à participer à une manifestation publique constitue une atteinte aux droits humains, en violation de :
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Article 20, alinéa 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) : « Nul ne peut être contraint de participer à une manifestation publique ni de faire partie d’une association ».
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Article 26 de la Constitution de la République démocratique du Congo (RDC) : « La liberté de réunion et d’association est garantie à tous. Toute personne a le droit de participer ou non à une association ou à une réunion publique, sans contrainte. »
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Article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) : « Les États parties garantissent le droit de réunion pacifique. Nul ne peut être obligé de faire partie d’une association. »
En outre, la LISVDHE considère que toute contrainte imposée à un individu ou à la population en vue de participer à une manifestation publique ou d’adhérer à une association porte atteinte aux droits fondamentaux reconnus par les constitutions démocratiques et par le droit international des droits humains, notamment :
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Liberté d’association
Chaque individu bénéficie du droit de choisir librement d’appartenir ou non à une association. Toute obligation d’adhésion constitue une violation de ce droit, l’adhésion reposant sur le libre consentement et l’expression de convictions personnelles.
Références : Article 20 DUDH, Article 22 PIDCP, Article 26 Constitution RDC -
Liberté de réunion et de manifestation
La participation à toute manifestation publique doit être volontaire. La contrainte de participer constitue une violation de la liberté de réunion pacifique.
Références : Article 21 DUDH, Article 21 PIDCP, Article 26 Constitution RDC -
Liberté d’expression et de conscience
L’obligation de participer peut contraindre les individus à exprimer publiquement des idées ou opinions auxquelles ils ne souscrivent pas, violant ainsi leur liberté de conscience et d’expression.
Références : Articles 18 et 19 DUDH, Articles 18 et 19 PIDCP, Article 23 Constitution RDC
En conséquence, la LISVDHE considère que ces pratiques constituent une atteinte aux droits fondamentaux : liberté d’association, liberté de réunion pacifique, liberté de conscience et liberté d’expression.
Par ailleurs, cette contrainte laisse tramer des doutes sur l’implication possible de l’AFC-M23 dans l’assassinat de Karine Buisset et traduit une tentative de manipulation de l’opinion publique afin de détourner l’attention de l’enquête en cours.
L’attitude adoptée par l’AFC-M23, désormais répétitive, soulève de sérieuses interrogations et appelle à une vigilance critique et rigoureuse. La population ne doit en aucun cas être instrumentalisée, ni utilisée comme bouc émissaire ou levier à des fins politiques, ni sacrifiée au nom d’intérêts partisans.
Toutefois, le silence du gouvernement de Kinshasa et de son clan politique, l’Union Sacrée, suscite également des interrogations. Pourtant, certains de ses membres avaient très tôt revendiqué, avant même sa médiatisation, ce qu’ils considéraient comme une victoire. D’autant plus qu’il s’agit d’un crime de guerre. Il est indispensable de scruter attentivement les discours de leurs partisans, en particulier ceux d’honorables députés tels que Willy Mishiki, président de l’UNANA – parti membre de l’Union Sacrée – et figure du cercle d’encadrement des groupes armés dits « Wazalendo » et autres.
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